Une jolie carte postale (Acte 10)
« Mais moi, répond le mari, avec des lettres et des colis postaux, comment puis-je me faire corrompre ? Je les donne aux destinataires et puis c’est tout, non ? »
« Si tu pouvais exiger de chaque destinataire quelque chose, un peu plus quand il s’agit d’un colis, avec deux tarifs, l’un pour le courrier de l’intérieur et l’autre pour le courrier de l’étranger, qu’est ce qu’on ne pourrait vraiment pas avoir ? Tu aurais, rien qu’en un seul jour, l’équivalent de ton traitement mensuel et si tu le multiplies par vingt jours ouvrables, voilà ce qui pourrait dépasser le traitement d’un Directeur Général ! »
« L’idée n’est pas mal, mais les conséquences… »
« Quelles conséquences ? demande l’épouse. Trop de précaution nuit. »
« Si je demande de l’argent chaque fois que je donne du courrier, tu ne vois même pas ce que cela pourrait me coûter ? »
« Mais non, tu ne vas tout de même pas crier auprès du destinataire : Donne-moi un pourboire. Il suffit de souffler tout bas : Madesu ya bana*. Tout le monde comprend ce que c’est. Dans ton cas, tu peux utiliser un émissaire ou deux. Dès qu’on donne du courrier à la poste, tu vas vite le trier et tu établis une liste dans l’ordre croissant ou décroissant des numéros de la rue des lettres et des colis de l’intérieur d’une part et ceux de l’étranger de l’autre. Ton émissaire ira avertir chaque destinataire en lui soufflant évidemment qu’il recevrait plus facilement sa lettre ou son colis moyennant le « madesu ya bana », un pourboire. Surpris agréablement alors par l’annonce de sa lettre ou de son colis, le destinataire ne pensera même pas à protester, au contraire il s’empressera plutôt de payer pour recevoir sa lettre ou son colis. »
« Formidable, ma chérie. Les femmes de nos jours deviennent de plus en plus savantes. Viens, je vais t’embrasser… »
...à suivre