Aventures et mésaventures d’un drôle de voyage (Acte 7)

Publié le par Pascal

          Deux personnes se mettent à habiller Zoao et ses malheureux compagnons. Quel col ! Que de gros boutons comme des sous-tasses ! De grosses et épaisses chaussettes en laine, de vieilles et solides bottines, de gros gants ayant probablement appartenu à des mineurs, puis une écharpe et un capuchon toujours en laine ; voilà, nos nègres infortunés qui ont maintenant beaucoup de peine à marcher. Ils avancent péniblement à la manière des canards en direction de la voiture qui les attend. Le chauffeur leur dit qu’ils feront la ronde de quelques quartiers de la ville avant d’arriver à leur pensionnat. Les quatre jeunes gens sont surpris par l’aspect très triste que présente la nature : les arbres sont dénudés, tout est mort ; les maisons sont noires comme si elles étaient couvertes de fumée…

          Le chauffeur touche du doigt Zoao qui est à son côté, il frotte un peu, il observe si son doigt est sale.

          « Tiens ! dit le chauffeur. Qu’est-il arrivé à votre peau ? N’est-ce pas de la saleté ? Au fond, Messieurs, vous n’avez pas besoin de vous laver comme nous. Que vous vous laviez ou pas, vous resterez pareils, vous paraissez sales… »

          Personne ne répond. Le chauffeur a probablement compris. Les jeunes gens sont plus attirés par la nature que par les paroles choquantes du chauffeur.

          Oh ! Quel monde triste. On ne voit personne dans les rues, cependant on remarque tant de papiers sur les pavés et de grandes affiches accrochées aux murs des édifices ; on peut bien lire certaines d’entre elles : »Si nous avons perdu notre vache à lait, c’est à cause des… ». « Messieurs…, maintenant que tout est perdu, vous pouvez allez planter des choux… ».

          Affichant un air un peu plus sérieux, le chauffeur s’adresse aux passagers de son véhicule :

          « Messieurs, vous êtes arrivés à un mauvais moment. Depuis l’accession de votre pays à l’indépendance, notre pays connaît des crises internes graves, vous remarquez l’aspect que revêt la ville : pas de gens dehors, pas de circulation ; moi-même je n’avais pas l’espoir d’arriver à l’aéroport, il y a des piquets de grève partout. Que voulez-vous ! Tout bouge dans ce monde. Qui pouvait penser que des Noirs viendraient un jour chez nous ? »

 


… à suivre

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Publié dans Carte Postale

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