Une jolie carte postale (Acte 15)

Publié le par Pascal

          Cependant, la femme de Voyazaya a pitié du bébé. Le hasard a fait que les deux femmes ont mis au monde presque au même moment. Elle prend l’autre bébé qu’elle allaite copieusement. En même temps, elle donne des conseils à la jeune femme :

          « Le monde n’est pas si mystérieux qu’on le croit ; c’est l’homme lui-même qui complique son existence. Vous soulez vivre comme des civilisés, des Blanches… Tant pis ! Emancipation, tout à fait d’accord. Pour beaucoup d’entre vous autres, femmes de civilisés, ce vocable signifierait déambuler à longueur de journée dans les rues, se croiser les bras, ne plus travailler, ne plus consommer de produits locaux car, selon vous, n’a de la valeur que ce qui est importé… Bref, vous fuyez la terre, mais « ata ndele » (tôt ou tard) vous y reviendrez ! Imagine-toi, si moi personnellement je devais croiser les bras comme vous les femmes émancipées, mes enfants, mon mari et moi serions déjà morts de faim. La femme d’aujourd’hui veut se dérober à sa mission, au rôle que la nature lui a assigné : une mère, c’est avant tout une nourricière ! Pour nous, que nous soyons au village ou en ville, que nos maris aient un salaire ou pas, cela ne nous préoccupe pas. Chaque matin, nous voilà loin de la cité, adonnées à la culture des champs. Du reste, c’est nous qui alimentons la ville avec nos produits, nous nourrissons nos familles, et vendons le surplus. Mes enfants sont habillés. Viens voir mes deux malles pleines d’habits. En tout cas, je ne laisse pas passer un seul wax à la mode alors que de sales « femmes publiques » pour s’en procurer, se livrent à un commerce qui fait la honte de notre sexe. Même quand mon mari travaille, son maigre salaire ne peut pas nous permettre de faire face au minimum vital.

 

 

 

 

…à suivre

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