"Des nègres !" (Acte 4)

Publié le par Pascal

          Ramazani le supplie d’accepter de danser avec la fille. Mais Zoao répond :

         « Kanga monoko na yo. Yo oyebi te soki moindo ayebi mwasi ya mundele suka na ye liwa ? Y’olingi bakunda ngai awa ? »

          Ce qui signifie : »Tais-toi. Ne te souviens-tu pas que la mort est l’unique sort réservé à tout Noir qui aurait été en rapport avec une Blanche ? Veux-tu qu’on m’enterre ici ? »

          Gênée, la pauvre fille retourne honteuse à sa place. Cette attitude fait réfléchir les deux Noirs, qui se rendent compte que les deux filles sont réellement amoureuses de Zoao…

          Sortis du café, ils sont suivis par un Blanc bronzé, un ancien colonial sans doute.

          « Messieurs, je vous connais, pour avoir été chez vous ; je connais vos habitudes. Vous ne vous rendez pas compte de ce qui s’est produit au café. Chez nous, refuser une danse à une dame est un affront, d’autant plus que tout à l’heure dans le café ces deux filles voulaient réellement danser avec ce Monsieur. Ce n’est pas pour vous tenter et vous emprisonner comme vous pouvez le penser. »

          « Merci, Monsieur, répond Zoao, nous avons pris bonne note de votre conseil. Veuillez présenter nos excuses à ces filles. Nous danserons avec elles à la prochaine occasion ! »

          Rentrés chez eux, Zoao et Ramazani font part de leur aventure à Mboloko et Tshiamalenga.

          « Vous avez raison, dit Tshiamalenga. Rien ne nous rassure que si nous dansons avec une Blanche, on ne nous jettera pas en prison. Il nous faut des garanties avant tout. »

          Le dimanche matin, toujours Zoao et Ramazani vont à la messe.

          « Comme nous sommes objet de curiosité, dit Zoao, n’entrons pas les premiers dans l’église. Nous allons nous asseoir à la dernière rangée : ainsi presque personne dans l’église ne saura qu’il y a des Noirs. »

          Effectivement, ils se placent dans un coin. Même le vieux Curé ne peut les apercevoir. Les Noirs préfèrent laisser passer à la communion tous les Blancs. Cependant au moment où ils s’apprêtent à partir vers l’autel, le Curé s’en va chercher d’autres saintes hosties. A son retour, les Noirs sont à genoux sur le banc de communion. Le Curé, drôlement surpris, ne donne l’hostie que quelques instants après. Peu de chrétiens toutefois remarquent la scène. Empruntant la nef centrale, tout le monde s’aperçoit de la présence des nègres. C’est alors la débandade, le remue-ménage. A la sortie de la messe, toujours les regards curieux, enfants comme adultes veulent voir de près les Noirs. Seul le petit Michel vient leur serrer la main et leur tenir compagnie.

 

 

 


…à suivre

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Publié dans Carte Postale

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