"Des nègres !" (Acte 2)
« Michel, Michel, va vite te laver les mains ! »
La présence des Noirs dans cette rue fait sortir de leurs maisons, hommes, femmes, enfants, vieillards et même des malades. C’est un évènement, un spectacle. Au milieu de l’avenue, les pauvres Noirs continuent lentement leur marche comme s’ils passaient des troupes en revue. Un homme d’Etat ne serait pas accueilli de la sorte, à la seule différence qu’au lieu des vivats habituels, c’est d’abord le silence lugubre puis on entend des cris propres aux gens d’Europe : « Ou-ouhm ! Ou-ouhm ! » Des parents mettent leurs enfants sur leurs épaules en vue de leur permettre de voir les nègres et les balcons sont sur le point de s’effondrer. Et l’on peut voir des myopes changer de paires de lunettes pour mieux voir les petits Noirs. Les mots manquent pour décrire fidèlement le spectacle. Les Noirs sont rassurés en constatant que les Blancs éprouvent plutôt un sentiment de curiosité que d’hostilité envers des Noirs.
« C’est tout à fait comme chez nous. Lorsque nous voyons un Blanc, les enfants accourent auprès de lui en l’interpellant : Mundele* ! » dit Zoao.
« Ce chauffeur qui nous a conduits le jour de notre arrivée, ajoute Ramazani, n’avait pas tout à fait tort en disant que les Blancs deviendront les serviteurs des Noirs. En effet, par exemple les Blancs font aujourd’hui ce que les Noirs faisaient. »
Zoao et Ramazani sont quelque peu fatigués. Ils vont prendre une pinte dans un café. On y trouve beaucoup de monde. C’est fort animé. A l’arrivée des nègres, presque tout le monde se sauve. Les quelques couples courageux interrompent néanmoins leur danse.
…à suivre