Aventures et mésaventures d’un drôle de voyage (Acte 2)

Publié le par Pascal

          L’heure est là, on doit s’acheminer vers l’aéroport. Séparation pénible : toute la famille sanglote. Zoao a pitié de laisser sa femme avec une petite fille d’un an. On est à l’aéroport de N’Djili depuis un certain temps.
Le cœur de Zoao bat très vite, il est anxieux. Soudain, la speakerine de l’aéroport annonce :

          « Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, les passagers à destination de l’Europe sont priés de faire enregistrer leurs bagages et de passer immédiatement à l’immigration. »

          Oh ! Que de passagers ! Plus de cent vingt, presque tous sont des Blancs, les quelques Noirs sont confondus, ne constituant que des taches noires.

          Presque tous les passagers sont bien habillés, manteaux en mains ; Zoao et ses copains sont en chemises ; seul un Noir est bien habillé, en le saluant on dit : »Excellence » ; quelqu’un est beaucoup plus précis : « Bonjour, Monsieur le Ministre… ».

          L’avion décolle dans un bruit infernal.

         Croyant qu’on peut prendre place dans un avion comme dans un bus ou dans un « fula-fula*», Zoao se précipite et s’introduit dans la cabine de l’équipage. On l’y refoule puis il finit par prendre place ailleurs.

          « C’est ma place, » lui dit un Blanc, « regarde ma carte de bord. »

          Zoao se met debout. « Ca commence mal, se dit-il, on me refoule partout. On ne veut certainement pas du Noir ». Une hôtesse vient le chercher :

          « Montrez votre carte de bord, s’il vous plaît. »

          « C.38. »

          « Voici votre place. Juste à côté d’une fenêtre ».

          Il s’assied, regarde au travers de la fenêtre et aperçoit ses parents au balcon. Des larmes de chagrin coulent de ses yeux. Quelques minutes après, l’hôtesse amène une très jolie demoiselle blanche qui s’assied juste à côté de Zoao. Ce dernier est vraiment complexé. Il fait une petite rétrospective historique des rapports entre Noirs et Blancs dans l’ancienne colonie où jamais on ne les a vus assis l’un à côté de l’autre. On sait quelques Noirs ont été abattus pour avoir eu des relations avec des Blanches. L’on a vu emprisonner des Noirs pour avoir adressé d’aimables paroles à une Blanche. Et voilà qu’une Blanche vient s’asseoir à côté de Zoao ! On choisit par-dessus tout une jolie fille. « Quel en est le mobile ? » se demande Zoao. On l’a fait certainement pour me tenter. Si je parle à cette fille, je n’arriverai certainement pas en Europe ; on me jettera du haut de l’avion au fond d’un océan ou d’un ravin ».

 

 

 


…à suivre


* fula-fula : camion aménagé en bus, moyen de transport très populaire au Congo à cette période-là.

 

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Publié dans Carte Postale

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