Examens et magie (Acte 3)
Il n’était pas facile d’obtenir les sourcils d’un Blanc. Le boy avait une clientèle considérable composée d’élèves comme d’adultes qui voulaient réussir dans la vie. Or, il n’y avait que deux pères et trois religieuses à la mission. L’opération était délicate car il ne fallait pas aller demander à un Blanc ou à une Blanche de donner quelques poils de ses sourcils, ce qui était impossible ; on risquait d’être emprisonné. Donc il fallait procéder autrement. Comment ?
Le boy laissa d’abord dormir profondément le Révérend Père Supérieur. Muni d’une petite paire de ciseaux, il parvint à couper les sourcils sans pour autant le réveiller. L’opération réussit parfaitement et sans difficulté… Le lendemain matin, en se rasant, le Père remarqua quelques mèches de sourcils coupés ; toutefois, il ne s’en fit pas tellement : il était pressé car il avait sa messe à dire.
Les fameux poils devinrent rares. Notre domestique s’attaqua alors au Vicaire de la mission. L’opération fut plus délicate que chez le Père Supérieur. Au moment où le malin domestique rasait le Vicaire, celui-ci, dans un profond sommeil, eut une sensation, mais il pensa qu’il s’agissait d’une piqûre de moustique. Avec la main gauche, il donna un coup sec qui arracha les ciseaux de la main de l’intrus. Heureusement pour lui, les ciseaux tombèrent sur le lit sans bruit.
Le domestique des Pères et celui des Sœurs en firent une affaire commune ; cependant, celui des religieuses ne parvint pas une seule fois à couper leurs sourcils. Aucune occasion ne se présentait.
Un jour, autour d’une table, les Sœurs remarquèrent que les Pères n’avaient plus de cils ni de sourcils que par-ci par-là.
…à suivre