1. Le mystère de lhomme blanc (acte 3)
Cela me porte à croire que le Blanc n’est qu’un Noir qui se couvre d’un habit fait à sa mesure. Ils ne sont pas autres que nous. Ce sont nos morts que les Blancs d’ici achètent et revendent en Europe. Cela se confirme par le fait que chaque nuit, pendant que tout le monde dort, les prêtres se promènent au cimetière. Pendant vingt ans de service auprès d’un Blanc, jamais des bananes n’ont manqué dans la cave. Pour qui allait-on les déposer si ce n’est pour les morts ? Le Blanc est intelligent… Un jour, nous manquions de sel chez nous. Ma femme me demanda si je ne pouvais pas prélever un peu de sel de la provision de ma patronne. J’en ai pris effectivement quelques grains avant de quitter la maison. Mes chers frères, le lendemain matin, Madame me demanda qui avait prélevé de son sel. Par peur d’être renvoyé, j’ai d’abord nié, puis sur l’insistance de ma patronne, j’ai avoué. Oh ! J’avais une méchante patronne ! Elle me traita de voleur, de macaque, que sais-je encore, c’était vraiment humiliant. J’ai essayé de lui expliquer la raison qui m’avait poussé à prendre cette petite quantité de sel, mais son mari qui revenait de son bureau nous surprit en train d’échanger de méchants propos ; c’était plutôt elle qui me traitait de chien. Le patron demanda à Madame ce qu’il en était. Celle-ci s’explique dans la colère… Moi, je continuais à nettoyer la barza (la véranda). Le patron me demanda le fond du problème. Je lui répondis que depuis cinq jours ma famille n’avait plus mangé : nous avions du saka-saka, mais nous ne pouvions pas le cuire faute de sel. C’est ainsi que je m’étais permis de prélever de la provision de Madame une petite quantité. Elle s’en était aperçue… Je ne m’imaginais pas que cet acte pouvait causer des conséquences si fâcheuses. Monsieur rentra aussitôt dans la maison… Je l’entendis échanger des propos avec sa femme.
… à suivre